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Révolution - 2: Être ou ne pas être

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Être ou ne pas être

Wine tasting

Alfred René Raymond, fils d’un marchand de vins breton récemment mort d’une crise cardiaque, s’éveilla en sursaut d’un cauchemar. On avait coupé la tête au roi. Le sang coulait dans les rues de Lorient. Un petit homme courtaud poussait une gondole sur ces nouveaux canaux cramoisis. Dans le lointain, on entendait les cris des femmes que des mercenaires noirs et jaunes violaient au nom de l’Amour. Au centre de l’aire qu’on avait rebaptisée « place de la Liberté », des ouvriers vêtus de bleu élevaient une statue à l’Égalité, avec les ossements des membres du clergé réfractaires au nouvel ordre. Une immense carte hexagonale montrait Paris comme un cœur palpitant, qui gonflait à mesure qu’il pompait le sang pour l’expulser vers la province. À la fin, il éclata.

Alfred se frotta les yeux et regarda le plafond blanc. C’était dimanche matin ; la lumière envahissait sa chambre. Alfred ne s’était pas réveillé à temps pour la messe. En bas, sa mère s’affairait en cuisine. Il distinguait la voix de sa sœur, qui tentait de la consoler. Alfred pensa qu’au point où il en était, il pouvait lire un moment avant de descendre. Sur la table de chevet, derrière une lampe, étaient posés La Sainte Bible, une Histoire de la ville de Paris et Le Rouge et le Noir. Il craqua une allumette,  embrasa une Gauloise et ouvrit le livre du milieu. La reliure était rouge, le titre en lettres d’or.

Le nom de Lutèce apparaît dans l’histoire sous la plume de César, car c’est là qu’il convoque l’assemblée des chefs gaulois. La cité principale occupe alors la plus importante des îles parisiennes unifiées par les Romains. Quand Vercingétorix tente de libérer son pays du joug romain, les Lutéciens abandonnent leur ville, dans laquelle ils ne se sentent plus en sécurité ; ils brûlent les ponts qui y mènent et vont au combat, mais les Romains conservent leur mainmise.

Plus tard viennent les hordes sauvages de Normands, qui poussent leurs incursions jusque sous les murs de Paris et pillent Saint-Germain. Un des événements les plus glorieux de l’histoire de Paris se déroule sous le règne de Charles III le Gros. Par la ruse, ce roi, puissant mais médiocre, parvient à faire tuer plusieurs chefs normands. Furieux d’avoir été bernés, les envahisseurs se ruent sur Paris, mais butent contre l’enceinte de l’île de la Cité, défendue par le comte Eudes. Pendant neuf mois, ils tentent de la prendre d’assaut, sans succès. Cependant, à l’intérieur des murs, le siège a épuisé la population, qui demande assistance au roi. Le souverain se déplace de Germanie, avec sa grande armée, mais, au lieu de se battre, il négocie avec les Normands et leur permet d’emprunter la Seine pour dépouiller la Bourgogne, en révolte contre son pouvoir. À bout de forces et de patience, le peuple démet Charles et offre sa couronne à Eudes. Les Normands abandonnent alors tout espoir de s’emparer de Paris.

Si l’an 1000 sème la terreur dans les cœurs superstitieux, il voit aussi la capitale se parer de mille atours. En 1129 resurgit le fléau de l’ergotisme – l’empoisonnement à l’ergot de seigle –, l’endémique et incurable « maladie des ardents » ou « feu de Saint-Antoine » que les bien-pensants attribuent aux excès d’une vie dissolue. Ensuite vient Abélard, qui délivre d’abord ses enseignements dans la cité, puis sur le mont Sainte-Geneviève. Sous Philippe Auguste, Paris est affligée d’une nouvelle série de calamités : famines, inondations, noyés par milliers. Un historien raconte qu’« il n’est possible de se déplacer dans les rues qu’en bateau. »

Le XIIIe siècle voit l’émergence du gothique, qui parsème la France d’édifices magnifiques.

Charles V, dit « Le Sage » – peut-être pour racheter les fautes de l’autre Charles –, consacre tout son temps à magnifier sa capitale. Amoureux des belles lettres, il crée aussi une prestigieuse bibliothèque, fait construire la Bastille et creuser le premier réseau d’égouts.

Après l’assassinat de Jean de Bourgogne, Henri V d’Angleterre prend possession de Paris. Le peuple affronte la plus terrible des famines, mais il se soumet à la domination étrangère. Lorsque Charles VII se présente, flanqué de Jeanne d’Arc, aux portes de la ville, Paris se défend avec tant d’ardeur que le roi de France doit battre en retraite, mais, après seize années passées sous le joug anglais, usés par la disette, les bourgeois de Paris finissent par se rendre. Les Français entrent alors dans la ville et en boutent les Anglais.

Le règne cruel de Charles IX est entaché de sang. Après une guerre sournoise, Catherine de Médicis complote le massacre des protestants, qui se sont laissé amadouer par de fausses promesses et croient vivre à l’abri de toute traîtrise. Leur réveil est brutal, terrifiant. Le 24 août, pendant la nuit de la Saint Barthélemy, le tocsin donne le signal de la tuerie. Les assassins pénètrent dans les foyers protestants et sèment la mort partout où ils passent.

Henri IV déclare que « Paris vaut bien une messe », renonce au protestantisme, puis rachète Paris à son gouverneur. Plus tard, il fait irruption dans la ville et reprend les affaires en main, avant de promulguer l’Édit de Nantes. Il nettoie la ville de ses criminels, relance l’industrie et le commerce. Après avoir échappé à plusieurs tentatives d’assassinat, le roi est finalement poignardé par le fanatique Ravaillac.

Sous Louis XIII, Paris est surtout le lieu de vastes chantiers. À sa mort, une fois de plus, la guerre civile éclate et ravage Paris. Le futur Louis XIV revient dans la capitale, dont il expulse Condé. Le Roi Soleil souhaite que Paris brille de mille feux. Les monuments bâtis sous son règne sont très nombreux : la Comédie française, l’Opéra, l’Hôtel des Invalides... Après lui, Louis XV construit le Panthéon, l’Hôtel de la Monnaie et l’Obélisque du bois de Vincennes. Avec l’avènement de Louis XVI commence une ère d’appréhension et de malaise, annonciatrice de grands bouleversements : une vague de rage sourde gronde, se lève, et porte le roi jusqu’à l’échafaud, érigé par le peuple avide de droits et de liberté, où il laisse sa tête.

 

« L’histoire n’est que folie » se dit Alfred. Il posa le livre, sortit de son lit et s’habilla pour le petit déjeuner.

 

La cuisine était en désordre ; il y avait des crêpes partout. Alfred ne supportait plus la Bretagne. Son père, à sa mort, lui avait légué suffisamment d’argent pour monter à Paris. Sa mère, elle, ne supportait pas l’idée qu’il la quitte. Elle avait usé de tous les stratagèmes, de toutes les ruses traditionnelles pour le garder à la maison. Il s’assit à table.

« Fred, lui reprocha-t-elle, tu as dormi au lieu d’aller à la messe.

– Oui, mère. Je sais. Je vous avais dit de me réveiller si vous vouliez que j’y assiste.

– Tu aurais pu y aller, tout de même, pour honorer ton père. »

Fred tapa du poing sur la table. Ce genre de remarque le faisait bondir au plafond.

« Je t’aime, mon chéri, dit sa mère.

– Oui, je sais, mais l’amour n’est pas tout.

– Qu’est ce que tu veux dire par là ?

– Je ne sais pas. Je ne sais pas ce que je veux dire par là. »

Il jeta un œil à sa montre.

« Au moins, affirma sa mère en faisant mine de changer de sujet, tu ne dormiras pas jusqu’à point d’heure demain. Les livreurs arrivent à six heures.

– Je sais.

– Tu es bien sûr que tu seras au magasin ? demanda-t-elle, anxieuse.

– Non, lâcha Fred.

– Qu’est ce que tu veux dire par là ?

– Je pars pour Paris. »

Elle fit comme si elle n’avait pas entendu.

« Titine sera debout pour t’aider, dit-elle.

– Il faudra que Titine se débrouille toute seule, fit Fred. »

Sa mère fondit en larmes.

« Oh ! Pour l’amour de Dieu ! explosa-t-il, j’en ai assez de tout ça !

– Pour l’amour de Dieu ! répéta-t-elle en ouvrant de grands yeux. Tu blasphèmes ? Tu invoques en vain le nom du Seigneur ?

– Non, mère. »

Elle se mit à pleurer de plus belle.

« Écoutez, mère : je vous aime, » dit-il.

Elle se leva et quitta la pièce en claquant la porte.

 

Fred monta à l’étage. De quoi aurait-il besoin à Paris ? De rien. De rien d’autre que de lui-même. Devrait-il prendre de la lecture pour le train ? Il regarda sa table de chevet. La Bible ? Le Rouge et le Noir ? Il glissa allumettes et cigarettes dans sa poche. Il ne lirait rien. Il regarderait par la fenêtre. Il rêverait au Montana. Peu importe. Non, en y réfléchissant, il regarderait des photos de Paris, des cartes postales. Il les sortit du tiroir et les empocha. Il souhaitait regarder la ville avant de la voir.

 

« En voiture, tout le monde en voiture pour Paris ! cria le préposé. Rennes, Laval, Chartres ! »

Du moins les noms n’avaient-ils rien perdu de leur magie. Le train s’éloigna de l’océan. Fred était seul dans son compartiment. Il sortit une bouteille de Bourbon et posa ses cartes postales sur la tablette devant lui. Le recueil s’intitulait « Paris et ses merveilles ». Le pont et la place de la Concorde. L’Opéra. Notre Dame et son parvis. La tour Eiffel vue de l’avenue de Tokyo. Par o. allait-il commencer ? Il prit une gorgée de whiskey et jeta un coup d’œil à la gare d’Hennebont. Il tenta de se rappeler tout ce qu’il savait de Paris. En un instant, les images des livres d’histoire emplirent son cerveau.

Il finit par se décider pour les Invalides et se mit à imaginer le dôme. Il pensa au Petit Palais, à l’Hôtel de Ville, à la Bourse avec son inscription « Liberté, Égalité, Fraternité ». Le style des colonnes des Invalides, songea-t-il, aurait déparé avec la place de la République. Il se sentait d’humeur poète. Il avala une autre goulée de whiskey. En regardant l’image de plus près, il vit des silhouettes humaines se détacher au premier plan. Une mère et son bébé, un groupe d’enfants, un homme en chapeau mou noir. Les attelages se dirigeaient vers les Champs Élysées. Il regarda par la fenêtre ; la Bretagne défilait loin de lui. Il pensa aux chevaux ailés sur les piles du pont Alexandre III. Ils brûlaient de jalousie, perchés ainsi au-dessus des merveilles de Paris. Il reprit un petit coup de whiskey, qui fit monter en lui une tendresse profonde pour les paysages bretons qui disparaissaient à mesure qu’avançait son train. Une charrette à foin s’immobilisait près de l’Hôtel des Invalides. Il se demanda où il dormirait ce soir, puis revint à sa contemplation des Invalides. Une femme en robe noire tirait une petite canonnière derrière elle, un homme à ses côtés. Fred tourna son regard vers la vitre. C’était dimanche après-midi. Les moissons étaient presque achevées. Il repensa au pont Alexandre III et aux photos qu’il en avait vues… Un jeune garçon sans vêtements traînant un lion par sa crinière… Il tomba sur une carte postale montrant le pont. Trois hommes le franchissaient en file indienne, sereins et aveugles à la civilisation qui se déployait autour d’eux. Deux hommes chevauchaient comme un seul une bicyclette dont la roue avant était faite d’or et la roue arrière d’argent. Fred prit une autre gorgée. À un bout du pont, un professeur conversait avec un avocat ; le premier tenait un porte-documents, le second un document. De gracieux trompettistes apparurent pour saluer le soleil. En arrière plan, l’obélisque.

Fred fit défiler ses cartes du gras du pouce jusqu’à ce qu’il trouve le Panthéon. Sur son fronton était inscrit : « La Patrie reconnaissante ». Une femme s’était arrêtée là un instant, les mains dans le dos, dans une pose pensive… Le Penseur, lui, exprimait la douleur de Rodin. Le mal de tête d’Alfred s’était dissipé. Une gitane dansait, elle ondulait si vite dans la rue Soufflot qu’elle ne laissait dans son sillage qu’une trace floue. Alfred se souvint des paroles d’un professeur : « Tout dépend de la façon dont vous avez fait vos devoirs, et de l’intelligence dont vous êtes doté ». À Paris aussi, on est en septembre. Là-bas aussi, se dit-il, les feuilles commencent à tomber, à salir la fontaine. Il contempla le bassin circulaire aménagé face à l’escalier du Grand Palais, et le bouquet de pierre posé en son centre. Un homme coiffé d’un haut-de-forme baissait la tête pour observer le cours d’un ruisseau qui se frayait un chemin vers le caniveau. Quelque part, songea Fred, quelqu’un lit un livre. Il battit les cartes jusqu’à ce qu’il trouve la cathédrale Notre-Dame.

Violet le Duc avait dû faire entasser cet énorme amas de blocs de pierre de long du quai… Il battit les cartes à nouveau, but une gorgée d’alcool de plus... La place Vendôme, malgré son absolue majesté, donnait une impression de déliquescence, une façade penchée sur l’autre jusqu’à s’y confondre, des pierres décaties muées en bois, le bois changé en mastic, en charbon noir, sale. La colonne se dressait dans toute sa splendeur au milieu d’un champ sinistré par le passage du temps, où toute chose portait les marques d’une irrémédiable décrépitude. Alfred alluma une Gauloise et inhala sa fumée âcre. Il sirota quelques gorgées encore en étudiant les détails de cette place hétéroclite… Henry Ford, une chique de tabac dans la joue, vint troubler ce tableau. « L’histoire. semblait-il en passe de dire, n’est que balivernes ». En voilà un qui n’avait jamais bu un coup de sa vie... Il parcourait Paris assis dans une Packard, une chemise ou un autre vêtement serré comme une poigne autour de son cou… Priscilla Welty, tout droit sortie d’un roman d’Edith Wharton, paraissait sur le point de lier conversation avec le célèbre Américain, mais il lui fit une réponse cinglante. Fred se sentait un peu mal. Il ne restait qu’un fond de Bourbon.

Il battit les cartes une fois encore. Le Tombeau de Napoléon se présenta. Tout n’était qu’une question de forme, de forme et de détails, de détails et de discipline… Il regarda l’extérieur des Invalides et s’imagina qu’il guidait un groupe de touristes. « Nous commencerons – croyez-le ou non – à la cloche, et nous procéderons de la base au sommet. » Son mégot lui brûla les doigts, il le jeta par terre avant de poursuivre son discours : « Les gravillons semés devant cet imposant Hôtel sont gris. Ils sont recouverts d’une sorte de lichen rose mousseux… Ah non, rectifia-t-il… C’est juste la photo. » Le fin grillage vert bouteille qui encerclait le jardin s’enfonça un moment dans le sol herbeux.

Alfred se demanda si quelqu’un l’avait entendu. Heureusement, le compartiment était vide.

Des barrières endiguaient le flot des touristes et des croyants, mais il s’agissait bien d’une chapelle. « Ces longs bâtiments que vous voyez là, reprit-il à l’intention d’une foule de visages attentifs, servent de caserne à 7000 hommes. L’ensemble est généralement considéré comme un des plus beaux édifices non religieux de Paris ». C’était l’objectif, en tout cas… Une jeune fille passa avec ses trois petits frères, à bicyclette. Elle sourit à Fred, mais plaqua une main sur sa jupe tandis qu’elle laissait l’autre sur le guidon.

« Durant plus d’un siècle, continua Fred, des millions de visiteurs sont passés devant le tombeau de Napoléon ».

Un homme à l’allure austère qui conduisait un tracteur sourit aux touristes américains.

« Louis le Quatorzième, prononça-t-il avec emphase, entreprit la construction du bâtiment en 1671. Il fut achevé en 1676, exactement 100 ans avant ce matin de juillet où le peuple furieux pilla l’édifice rempli d’armes ! Non… se corrigea-t-il, ça c’était en 1789… Ils avaient besoin des armes pour prendre la Bastille, bien sûr… Mais c’est de l’histoire ancienne… même si, il est vrai, elle a laissé des traces… »

Après une brève pause méditative, Fred reprit d’une voix qu’il jugea fort éloquente : « Cette chapelle a souvent été surnommée l’église du soldat, même si Raymond Roussel – un auteur que Fred n’avait pas lu, méprisant cette périphrase, la désignait simplement comme “l’église”. Lorsque des parents arrivaient de province, il aimait à leur dire : “Ne manquez pas la Chapelle Napoléon, au bout de l’aile droite. Elle contient le masque de son visage qui fut moulé sur son lit de mort. Prêtez aussi attention à la dalle de marbre qui couvrait sa tombe à Sainte-Hélène. Si elle est maculée de cendres, n’hésitez pas à l’épousseter.” »

Dans l’esprit embrumé d’Alfred, Roussel conservait la parole. « Au fond à gauche, il y a un dessin de son caveau, ainsi que le cercueil en cuivre et le drap de velours qui ont servi à son transport. C’est également dans cette église que résonna pour la première fois le requiem de Berlioz, en 1837. En quittant l’église, je vous conseille de remonter l’avenue de Breteuil… »

Fred avala les dernières gouttes de la bouteille et regarda par la vitre. Ils traversaient Rennes, où Jarry avait fait ses études secondaires. Roussel s’en était allé, sans doute pour rejoindre sa maison de Neuilly, et une voix désincarnée poursuivait la visite guidée. « La façade entière, voyez-vous, frôle la perfection jusque dans les moindres détails. Éloignez-vous dans l’avenue de Breteuil pour jouir d’une perspective avantageuse sur l’ensemble. Jean Hardouin-Mansard y a porté le style jésuite à son apogée ! »

La voix s’évanouit. La tête de Fred heurta la vitre épaisse du compartiment. La bouteille avait glissé de sa main sur le siège. Il se cogna encore la tête, plus fort cette fois, et ouvrit des yeux glauques à temps pour voir le reste des cartes postales tomber au sol. Seules demeuraient sur la tablette les images des Invalides. Les quarante colonnes de la chapelle se fondaient en un cercle harmonieux, couronné par la coupole dorée du dôme. Au sommet du dôme lui-même se dressaient un lanterneau et une flèche surmontés d’un globe doré coiffé d’une croix. La voix se fit à nouveau entendre : « Le toit de l’édifice est composé de feuilles de plomb fixées sur une charpente en bois. À l’origine on utilisa de simples pointes de fer pour l’assemblage, mais elles se révélèrent vite inadaptées ».

« Imagine qu’elles aient rouillé ! » s’exclama Fred.

Il avait beau être ivre, il n’avait rien perdu de son bon sens... « En raison du poids de l’ouvrage et de l’arrondi du dôme, les plaques de plomb aussi se faussèrent, exposant la charpente aux intempéries, et la coupole se dégrada rapidement. On prit pour la première fois note de ces dégâts dans les années 1860, une décennie avant que ma mère me mette au monde »…

Il était rare que Raymond Roussel se livre à de telles confidences autobiographiques… La voix se reprit : « C’était plutôt au moment de la Guerre de Sécession ! Abraham Lincoln, leur seizième président, a prononcé son discours de Gettysburg peu après le début des travaux sur le dôme. Moins de deux ans plus tard, une balle fatale l’atteignait en plein cœur… »

Comme celle qui a tué Kennedy ! s’écria Fred… Sauf que JFK, c’était dans la tête, en pleine tête… Fred se souvint de la réaction des Parisiens, en 1963 : des foules atterrées discutant de la triste nouvelle avec des agents de police agités.

« En 1865, reprit Roussel, « l’esclavage fut aboli… L’esclavage, c’est-à-dire ce qui rend Slave… Enfin non, ce qui rend ESclave – esclave du pêché, etc. ».

Sa voix grésilla comme le son émis par une vieille radio. Où se trouvait-il ? Ah oui !... « Voilà… C’est ce qui rend les hommes esclaves... Les clous du dôme furent donc remplacés par des pièces de cuivre jointes à la charpente par de minuscules vis. Et pourtant… »

Plusieurs touristes regardaient ailleurs, par distraction ou par ennui. Le guide continuait : « … et pourtant, malgré ces précautions, l’édifice montra de nouveaux signes de détérioration au lendemain de la Première Guerre mondiale. Vous pourrez voir dans la Salle des Alliés des hommages aux soldats britanniques, belges et yougoslaves qui combattirent durant la guerre de 1914-1918… ».

Fred s’était endormi. Cela ne découragea pas Roussel, bien décidé à achever son argument. « Alors qu’en réalité, ils se tournaient les pouces, inquiets seulement de leur propre bien-être, » s’emporta-t-il face à sa foule de cartes postales.

Puis, portant la main à sa lèvre supérieure : « Ils ne pensaient qu’à faire la fête, à friser leurs moustaches, ce genre de frivolités… Ils conversaient les uns avec les autres de manière agréable, même si, sans doute, une certaine anxiété teintée d’hostilité se faisait parfois sentir. »

Roussel fit une nouvelle parenthèse : « Encore un 14 juillet ! C’était, comme vous le savez, une période… une période de… de… prospérité, voilà, une période de prospérité ».

Il était rare que les mots se dérobent à Raymond Roussel. Il poursuivit cependant : « Les gens se sentaient en sécurité, globalement. D’ailleurs vous pouvez voir ici – il désigna les silhouettes de la pointe d’un crayon – que les hommes portent des canotiers et se déplacent la cigarette à la main. »

Le train approchait en hoquetant de Chartres ; un des soubresauts fit tomber les Gauloises de Fred sur le plancher du compartiment.

« Bref, tenta de finir Roussel, tout cela atteignit des proportions dramatiques en 1934, c’est-à-dire, comme vous le savez, l’année qui suivit ma mort. En Amérique, le président Franklin Roosevelt avait entrepris de reconstruire le pays après la crise et la Dépression. À Paris, on décida que le dôme devait être restauré coûte que coûte. On utilisa des lames de plomb plus petites, jointes par des rivets de cuivre. Les douze grands trophées en plomb… – il ne restait plus qu’une seule touriste – … qui pèsent près de quatre tonnes, furent fixés à la charpente à l’aide d’armatures en cuivre. Les dorures… »

Il tentait de retenir l’attention de la jeune fille. « Les dorures vinrent apporter sa touche finale au dôme. Et voilà ! Voilà l’histoire – si on met de côté le tombeau de Napoléon, qui en est une tout autre ».

Les images de six cercueils imbriqués lui traversèrent l’esprit, mais la fille n’écoutait plus. Elle s’était assise sur un muret, non loin – seul le sommet de sa tête dépassait au bas de la carte postale – pour ôter un caillou de sa chaussure.

 

Quelqu’un lui grattait le pied… Son pied, le pied de Fred. Il ouvrit les yeux. Où était-il ? Il était à Paris ! Un receveur guilleret l’avait remis entre les mains d’un chauffeur de taxi non moins chaleureux. Ensemble, les deux Parisiens avaient fouillé son portefeuille (sa méfiance était aussi profondément endormie que son corps et son esprit, si bien qu’il n’y vit aucun mal) et le chauffeur de taxi l’avait confié, avec un pourboire, aux bons soins d’un employé d’hôtel qui était maintenant revenu le ranimer.

« Qui est-ce ? se demanda Fred en se réveillant pour la première fois à Paris. Où suis-je ? (Sans doute à l’Hôtel Bourgogne et Montana, place du Palais Bourbon.) Que se passe-t-il ? »

L’employé avait retiré les couvertures et s’était assis au bout du lit. Il tenait le pied de Fred dans une main et fixait les yeux bleus de Fred.

« Bon, grogna ce dernier d’une voix pâteuse, je vous remercie de m’avoir réveillé, mais je voudrais rester seul ».

L’employé parut ne pas comprendre. Fred se rendit compte qu’il s’était exprimé en anglais. Il fallait s’y prendre autrement. Il se redressa et dégagea son pied. L’employé sembla navré. Il glissa jusqu’à la tête de lit. Fred se leva, mais l’employé se rapprocha encore.

« Écoutez, dit Fred, je ne suis pas allé aux toilettes depuis hier.

– C’est justement la raison pour laquelle je suis ici, répondit l’employé en sortant de sa poche une petite clé qu’il tendit à Fred. En temps normal, nous la donnons au client à son arrivée, mais vous n’étiez pas en état de la recevoir ».

Fred avança la main pour saisir la clé, mais l’employé la tira hors de sa portée. Fred souffrait.

« Arrêtez ça ! Il faut que j’y aille.

– Pourquoi n’irions-nous pas ensemble ? »

Fred avait la plus grande peine à se contenir.

L’employé enleva une chaussure et desserra sa cravate.

« Parce que, expliqua Fred, j’y suis toujours allé tout seul.

– C’est pourtant bien mieux d’y aller à deux, dit l’employé. Et puis, c’est bien plus civilisé.

– Je suis plutôt respectueux des règles de civilité, en général, mais il existe certaines circonstances dans lesquelles un homme a besoin d’agir seul. »

L’employé semblait incrédule, mais Fred se dirigea vers la porte. Sa vessie était sur le point d’éclater.

« Monsieur, vous ne pouvez pas sortir sans la clé. De plus, vous êtes nu. »

Fred se pencha en avant pour se regarder… Belle érection matinale.

« Euh… bafouilla-t-il… Ce n’est pas ce que vous croyez.

– Ah non ?

– Non, » dit Fred en se ruant dans le couloir.

Quelqu’un avait laissé la porte des toilettes ouverte, mais l’employé l’atteignit en premier, et s’empressa de la verrouiller.

« Ça suffit, maintenant ! Pourquoi vous me faites ça ?

– C’est pour votre bien. Où est le problème ? »

C’était évident. Ce type ne comprenait pas.

« Number one », dit Fred en pointant un index sur son sexe, avant de se rendre compte qu’il parlait à nouveau anglais…

L’index toujours pointé, Fred répéta en français :

« Prems ! 

– Prems ? Vous devez avoir un grain, fit l’employé. Vous êtes beaucoup trop négatif...

– Absurde, rétorqua Fred. C’est au contraire la chose la plus naturelle au monde !

– Mais est-ce civilisé ?

– Écoutez, insista Fred en regardant la clé, je ne peux plus me retenir. Je n’ai pas le temps de me disputer avec vous. Je vous en prie, ouvrez la porte ! » 

L’employé secoua la tête.

« Ayez pitié ! Il me faut cette clé ! » dit-il en tendant la main vers l’employé, qui remit la clé dans sa poche.

Et l’affaire en resta là.

Qu’aurait-il pu faire d’autre ? Il n’allait pas fouiller l’employé de force, tout de même, ni défoncer la porte ! Tout ce qu’il demandait, c’était d’entrer, seul, aux toilettes. Une femme déboucha dans le couloir et s’immobilisa en voyant Fred sur son passage, nu comme un ver. Quelle autre solution avait-il que de se retrancher dans sa chambre ? Quand l’employé tenta de l’y suivre, il lui claqua la porte au nez et la verrouilla. Il fallait qu’il trouve un moyen de se soulager. Il saisit le premier récipient qui lui tomba sous la main, la chaussure abandonnée de l’employé, et la remplit à ras bord d’un superbe Bourbon ambré.

 

Fred se sentit instantanément mieux. « L’essence, songea-t-il, précède l’existence ». Il s’habilla. Après avoir plus que tout désiré entrer quelque part, il avait une envie tout aussi impérieuse de sortir.

 

Avec la sensation d’être un homme nouveau, Fred traversa la place du Palais Bourbon jusqu’à la rue de l’Université. Boulevard Saint-Germain, il monta dans le bus 63. « Place Maubert, » annonça-t-il au chauffeur, tout en pensant « Place Maub’ », comme il avait entendu un étudiant français le dire. À l’arrêt suivant, rue de Bac, une jolie fille monta, s’assit à côté de lui et sortit son ouvrage. Tandis qu’elle tricotait, son bras frottait le sien. « Paris est une ville si excitante ! » songea-t-il. À l’Odéon, une Américaine prit place en face de lui. De l’autre côté du couloir, deux jeunes Françaises gloussaient bêtement. Ils passèrent Saint-Germain-des-Prés et le Musée de Cluny. Arrivé à Maubert, il descendit. Une fille, qui tenait un sachet de cerises à la main, avec des chaussettes rouges dans ses sandales à semelles compensées, traversa la rue devant lui. Cet endroit grouillait de femmes. Il croisa une Noire et une Asiatique bras dessus bras dessous.

Il s’engagea dans la rue Lagrange. Deux types à la mine patibulaire s’approchèrent de lui. Il envisagea de tourner les talons, mais changea d’avis. Il leva les yeux et vit Notre-Dame. Des touristes escaladaient ses flèches. Il entra dans le square situé derrière la cathédrale, où une femme portant des bas prenait des photos de ses enfants. Un vieillard barbu se dirigea vers la fontaine et s’y désaltéra, tandis qu’une jeune fille y nettoyait son genou ensanglanté. Fred s’assit sur un banc. Les deux filles, la Noire et la Jaune entrèrent à leur tour dans le square et s’installèrent à côté de lui. Elles consultaient les petites annonces immobilières dans un journal. Une mère, en pull orange sur une chemise noire, passa devant eux, son bébé dans les bras. Un pigeon approcha, son bec jaunâtre ourlé de magenta.

Fred quitta le parc et remonta la rue Galande. Rue Dante, il regarda la devanture d’un restaurant saïgonnais. Une mère en violet s’arrêta près d’une concierge postée sur son seuil pour l’interroger sur la présence ou non d’appartements libres dans l’immeuble. Ses enfants étaient vêtus de jaune et de rouge. Un nuage vint voiler le soleil. Sur le trottoir, un homme noir portant une sacoche brune le dépassa, tout comme, un instant plus tard, un étudiant français avec un T-shirt de l’Université du Wisconsin. Devant l’Hôtel Diana, Fred vit une blonde laisser tomber son briquet Cricket tandis qu’elle calait une cigarette entre ses lèvres. Un homme fumant une cigarette passa et posa sur Fred un regard suspicieux.

Fred continua de monter. Parvenu au monument érigé à la poésie française, il s’assit près d’une femme en robe bleu ciel qui terminait une banane. Elle balaya une miette ou deux de ses genoux, remit son reste de déjeuner dans son sac à main, se leva et partit. Fred lut tous les noms de poètes inscrits sur la colonne. On aurait dit que quelqu’un avait barbouillé de suie le visage de Ronsard. Fred reprit son ascension vers le Panthéon. Au premier carrefour, des hommes étalaient du mortier à la truelle. Une Volkswagen couleur café avec une double série de phares jaunes tourna à l’angle de la rue et descendit la colline.

Fred décida d’oublier le Panthéon pour l’instant. Il avait encore envie de marcher un peu. Après quelques pas seulement, il se trouva au milieu de la cour d’une université. Au sol était écrit : « Le monde est ma provocation ». Fred marcha sur cette profession de foi bachelardienne et poursuivit son chemin. Un immense espace grillagé apparut, qui abritait le département informatique, auréolé de deux demi-cercles de tuiles aux couleurs de l’arc-en-ciel obscurcies par la crasse. Quand Fred parvint à ce qu’il avait pris pour les limites du campus, il ne trouva aucune issue et dut revenir sur ses pas. Le soir commençait à tomber. Lorsqu’il franchit la seule porte d’entrée/sortie qu’il trouva, il leva les yeux, pour découvrir sur les parois de pierre un enchevêtrement de hiéroglyphes inintelligibles.

Il était temps de chercher un café. Fred descendit le boulevard Saint-Michel – « Le Boul’ Mich’ », songea-t-il en voyant le néon d’une enseigne dessinait les mots « Ciné Actua ». Il choisit le Flore, Boulevard Saint-Germain et prit place près d’un homme plongé dans la lecture du Monde. Une fille en pantalon marron s’assit à côté de lui. Sur le trottoir d’en face, un photographe planta un trépied jaune et fixa son appareil en direction du café. Un serveur se présenta. Le voisin de Fred demanda des cigarettes, Fred commanda un café et la fille un coca. Fred mit un sucre dans son café et laissa le second morceau dans la soucoupe. De la fumée s’éleva à sa droite. La fille versa la moitié du coca dans son verre et laissa l’autre moitié dans la bouteille. Un bus de touristes allemands s’arrêta au coin de la rue, le temps que leur guide porte à ses lèvres un micro argenté et leur indique la terrasse du café. Pendant ce temps, un couple s’était installé devant Fred. La fille appuyait sa tête brillantinée sur l’épaule du garçon, tous deux en chemise bleue et pantalon rouge.

Sur le trottoir, le flot de passants était ininterrompu… Un gars avec un T-shirt « Harvard », une fille avec un badge rouge sur une manche et l’inscription « Chicago Bulls » brodée sur les poches arrière de son pantalon. Une femme plus âgée regarda Fred ; ses lunettes de vue, suspendues à une chaînette, pendaient au milieu de sa poitrine. Un moustachu renfrogné et fort imbibé regardait ailleurs. Une fille à bicyclette sourit en passant, Fred lui sourit aussi. Un énorme camion italien chargé de sable amorçait son virage. La fille à sa gauche alluma une cigarette. Fred la regarda. En retour, non sans élégance, elle le toisa. L’homme à sa droite s’agita sur sa chaise.

Les gens continuaient à défiler devant lui. À coups de grands gestes, une fille sans incisives parlait à un garçon. Ils suivaient un couple qu’ils connaissaient peut-être. Un bus s’arrêta non loin. Une blonde à l’air triste en descendit. Un garçon passa à vélo, le manche d’une raquette de tennis dépassant de son sac à dos. Une fille dont le cahier s’ornait en couverture d’un gros point d’interrogation marchait en équilibre sur le bord du trottoir. Une sombre beauté déambulait les yeux baissés. Fred termina son café. Il vit encore passer une garçonne effrontée avec un T-shirt « Property of New York Jets » à côté de son petit ami, une autre fille vêtue d’un T-shirt blanc sous lequel on devinait des tétons très bruns et un homme portant des lunettes de soleil cerclées de métal.

Le soleil rayonnait d’une lumière chaude et douce. Fred commanda un verre de Bourgogne et un sandwich, et il continua de se délecter du spectacle des Parisiens : une fille avec une cape à la Sherlock sur un pull rouge, une femme chic d’environ 38 ans en jupe vert avocat, un collier de perles tombant dans son décolleté ouvert de deux boutons, un homme avec un sac en toile écossaise, un autre en marron avec des chaussures noires, une femme en T-shirt blanc, chemisier gris, manteau noir, chapeau noir et foulard violet vif noué autour du cou ; ensuite un homme qui avait tout d’un Américain, excepté les chaussures, un autre avec un costume terne et une cravate farfelue (losanges rouges et lignes blanches sur fond bleu), une dame habillée de chartreuse, bleu pâle et corail, une femme d’âge mûr et de forte carrure en gilet bleu foncé, avec un petit crucifix rebondissant sur sa poitrine.

Fred remarqua des expressions différentes sur les visages des passants. Il y avait par exemple le genre bulldog renfrogné, le coup d’œil réprobateur un brin aguicheur, le regard curieux qui s’éteint. Une femme au beau visage noir conversait avec un ami ; une autre, très enceinte, coinçait sa langue charnue entre ses incisives. Un regard blessé, désabusé. Une jeune fille joyeuse promenait son caniche.

Le soleil s’attardait avec délice entre deux nuages. Un homme portait des lunettes aux verres effroyablement épais. La femme chic repassa, et rejoignit son amoureux, qui se tenait en face de Fred. Ils s’embrassèrent, tombèrent dans les bras l’un de l’autre et s’en allèrent ensemble. L’homme assis à sa droite termina son journal et commanda un verre – un étrange mélange rose magenta. Pour l’aider à boire ce curieux breuvage, le serveur lui fournit une sorte de petit extincteur. Une femme frôla le bord du trottoir et s’appuya au capot d’une voiture pour ne pas perdre l’équilibre. L’homme près de lui se cala au fond de sa chaise et croisa les doigts autour de son genou plié. À la gauche de Fred, la fille avala sa dernière gorgée de coca, posa quelques pièces sur la table et s’en alla. Une femme passa tenant une baguette de pain dans sa main droite ornée d’une bague sertie d’une turquoise. Son voisin finit son verre et partit. Le soleil avait presque disparu derrière les bâtiments.

Un homme qui semblait quasiment aveugle entra, accompagné d’une femme qu’il appelait Castor. Ils s’assirent à la table voisine de Fred, et le monsieur se mit à parler : « L’existence, dit-il, précède l’essence. Comme Dieu n’existe pas, il y a au moins un être vivant qui a existé avant qu’on ne définisse à son propos le moindre concept, et cette créature, c’est l’Homme. Qu’est ce que cela signifie ? Que l’Homme existe d’abord et qu’il se définit après. » Le serveur s’approcha et dressa la table pour le dîner.

« Que puis-je vous servir ce soir ? demanda-t-il au couple.

– Du vin et du pain, dit la femme.

– Rien pour moi, » fit le borgne.

Il saisit un couteau de table et recommença à parler tout en jouant avec. Ils terminaient apparemment une conversation entamée plus tôt.

« Au bout du compte, je suis fidèle à une chose, dit-il avant de ménager une pause… De quoi s’agit-il (question rhétorique) ? De la nausée. »

 

Les tribulations d’un Chinois à Paris