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Madison Morrison's Web / MM: The Sentence Commuted
Ten poems from Second (French)

Ten poems from Second

Translation by Valérie Gauthier
Illustrations by Claudine Goux

1

Ulysse quitte sa maison pour la guerre de Troie

En apparence pour venger le rapt d’Hélène

Mais en réalité pour fuir Anticlée et Pénélope.

Sa mère est pour lui le vrai problème,

Car il ne pourra revenir qu’après sa mort.

 

Elle meurt de nostalgie pour Ulysse,

Après avoir vécu une vie solitaire avec Laerte

Qui, à la fin, s’efface tout à fait.

Pénélope a perdu son mari en cherchant

A le lier par un mariage contre lequel il se rebelle.

 

Car il préfère le lien magique de Circé

Au sien, le pouvoir libertin de Calypso

A celui de Circé, et le montre en

Passant sept ans avec la nymphe.

Enfin il revient, mais déguisé.

 

Cette fois Pénélope choisit un étranger,

Dans une union réellement exogame.

Pour reprendre sa femme et ne pas subir

Le sort de Ménélas, Ulysse

Massacre brutalement toute concurrence.

 

Néanmoins, il repartira.

2

Fils de Zeus et Maia (la fille

D’Atlas), un frère pour Apollon, dont il vole

Le bétail le jour de sa naissance. De retour

Chez lui, il fortifie la carapace de la tortue.

Charmé par la lyre, Apollon lui pardonne.

 

Meneur d’âmes, messager, il remplace

Iris, replace Apollon,

place des biens; est, tout comme

Ulysse, prudent, rusé, menteur.

Pas comme U., il est aussi magique.

 

Donne à l’Homme Civilisé ses instruments

Les plus nécessaires: l’alphabet,

Les chiffres, l’astronomie, la musique.

A l’Homme de commerce: poids et mesures,

Culture de l’olivier.

 

A l’Homme Poétique, qui en Arcadie

L’adorait, ses choses sacrées:

Palmier, Vairon, le chiffre 4.

Dans un chapeau à larges bords, baguette

Au serpent entrelacé, sandales ailées,

 

Il est secret, caché, invisible.

3

Homère, dans le chant 6 de l’Odyssée, on s’en souvient,

Fait réveiller Ulysse,

Le naufragé, échoué, endormi,

Par les cris de la suite de Nausicaa,

Elle-même sous l’influence d’Athéna

 

Afin qu’Ulysse—dépeint par le Barde

Comme un lion des montagnes trempé jusqu’aux os—

Puisse voir la beauté de la fille royale

Et déployer son éloquence, cachant

Sa nudité par une branche d’olivier.

 

Homère dans l’Odyssée compare la

Fille à Artémis, fille de Zeus.

Sa ravissante figure rappelle au héros

La vue d’un jeune palmier

Près de l’autel d’Apollon à Délos.

 

Avec grâce et une douce sagesse, Nausicaa

Répond, offrant à Ulysse un

Accueil chaleureux, et apaise

Les peurs de ses servantes qu’elle charge

De baigner cet étranger envoyé par Zeus.

 

Certains voient en elle l’image de l’Ame.

4

Dans le chapitre 50 de son chef d’œuvre,

Cervantès fait recommander à Don Quichotte

Des livres de chevalerie, persuadé qu’ils

“Chasseront la mélancolie et amélioreront

Votre humeur s’il lui advient d’être mauvaise.”

 

Il parle d’un lac de goudron bouillant

D’où une voix appelle

Le chevalier qui, abandonnant sur-le-champ

Toute pensée introspective, plonge

Au coeur de ce lac bouillant

 

Pour se retrouver dans des prés fleuris

Plus raffinés que les Champs Elysées. Sur ce,

Un château fort apparaît, ses murs

D’or plein, ses portes de jacinthes

D’où sort une nuée de jeunes filles,

 

Qui baignent et habillent le chevalier, et le nourrissent.

Fête finie—le chevalier curant

Ses dents—une fille, la plus ravissante de toutes,

Apparaît, s’assied près de lui et lui dit

Quel genre de château c’est, et comment

 

Elle vit là sous un charme.

5

Dans le chant 7, Homère décrit le

Verger de Phéacie: fleurs, fruits,

Vignes—même des légumes.

D’une fontaine, un jet clair

Coule dans le palais même.

 

Comme Ulysse entre, les invités font

Une libation finale à Hermès. Invisible,

Il approche le roi et la reine; puis,

Dévoilé, il jette ses armes aux

Pieds de la maternelle Arété.

 

Alcinoos s’adresse à lui comme à un père,

Repoussant Laodamas, son propre fils,

D’un siège à côté du trône: s’élevant

Des cendres du foyer, le héros prend

La place du fils, pour manger et boire.

 

Plus tard, Cervantès fait vanter les vertus

D’Amadis de Gaulle par Don Quichotte—

Pour le bien de Sancho. Puis, semblant

Changer de sujet, le Don dit qu’un peintre

“Doit copier les meilleurs peintres,”

 

Que cette règle vaut pour toutes les professions.

En fait, dit-il, celui qui désire être

Connu pour sa patience et sa prudence doit

Imiter Ulysse, en qui

Homère fait incarner ces vertus;

 

Juste—le Don continue—comme Virgile

En Enée, nous donne une image du Fils

Soumis, capitaine habile, courageux,

Sagace. Ils les décrivent, dit-il,

Non pas comme ils étaient

 

Mais comme ils auraient dû être, pour servir

D’exemples aux générations futures.

6

Hermès, pour aider Ulysse

A combattre la magie de Circé, lui donne

Moly, la plante légendaire dont la racine

Noire et la fleur blanche, certains le

Pensent, symbolisent la nature et l’homme.

 

Hermès lui-même s’interpose

Entre les cieux et la terre,

Le monde et les profondeurs, où,

Dans le chant 11, Ulysse

Semblable à Hermès, se révèle à lui-même.

 

La lecture allégorique est toujours

Dangereuse, mais aussi inévitable.

Pour le néo-platonicien, moly

Représentait paideia, l’éducation

Qui aura permis à l’homme d’amener en lui-même

 

Le pouvoir de la lumière, de chasser l’obscurité

De son être terrestre et sensuel. Hermès,

Le tout puissant, distribua cette lumière.

Pour l’alchimiste, moly représentait

Le lapis, agent de transmutation,

 

Ou la transformation de la conscience.

7

Faust est une autre histoire: le magique

Ulysse; Enée inversé, filtré

A travers le moyen âge; mais il est toujours homérique,

Ce fantôme errant à travers la vie de Goethe.

(Ou bien est-ce Goethe errant à travers la sienne?)

 

On commence avec un prologue au Paradis: le Diable

Ayant obtenu la permission de tenter

De pervertir l’âme du héros, le Seigneur

Demeure certain qu’il va échouer.

La pièce elle-même s’ouvre avec Faust

 

Entrant dans un pacte avec le Diable,

Dont il sera le serviteur. Faust devra,

De tout plaisir qui lui sera procuré,

S’exclamer, “Reste, tu es si juste!”

Puis tout faire pour le satisfaire,

 

Ce qui culmine avec l’incident de Gretchen,

Que Faust, sous l’instigation du Diable,

Pourtant non sans quelque rébellion de

La meilleure part de lui-même, séduit,

Provoquant ainsi sa mort misérable.

 

Ici se termine la 1ère Partie.

8

L’histoire de la 2ème Partie est complexe

Et son symbolisme obscur. Elle consiste

En deux épisodes, le premier desquels

Est l’incident d’Hélène, originellement

Composé par Goethe comme un autre poème.

 

Hélène, symbolisant la beauté parfaite,

Comme en produisait l’art grec, est rappelée

De l’Enfer et ardemment poursuivie par Faust,

Pour finalement lui être ôtée. Euphorion,

Leur fils qui personnifie l’union

 

Du classique et du romantique, et à la fin

Représente Lord Byron, disparaît

En une flamme. Dans le deuxième épisode, Faust

Purifié, se remet au service de

L’Homme et réclame la terre à la mer.

 

Mais Caré l’attaque et l’aveugle. Satisfait

Avec la conscience du devoir

Accompli, il crie au temps qui s’enfuit,

“Ah, reste, tu es si juste,”

Et tombe mort. L’Enfer essaye de prendre

 

Son âme, mais elle est emportée au loin par les anges.

9

Le sous-sol, première œuvre

De maturité de Dostoïevski,

Contient l’essentiel de son moi, venant

Du plus profond de sa personnalité.

Ici, son intuition tragique

 

S’exprime dans sa forme la plus pure

Et la plus impitoyable. Transcendant l’art

Et la littérature, l’œuvre prend sa place

Parmi les grandes révélations mystiques du

Genre humain (cf. St. Augustin, Pascal).

 

La base irrationnelle de l’univers—

Au-delà de toutes distinctions entre

Le Bien et le Mal—est incarnée dans

Cette forme inattendue et paradoxale.

Perçu comme une performance

 

Littéraire, c’est le travail le plus original

De Dostoïevski, bien qu’aussi le plus

Déplaisant, voire “cruel.” Il ne devrait

Pas être recommandé à ceux soit

Insuffisamment forts pour le dépasser

 

Soit trop innocents pour ne pas être empoisonnés.

10

Fitzgerald, dans son “Postscriptum” défend

Le chant 24 contre les séparatistes

Qui, dès Aristophane,

Avaient indiqué la ligne 296

Du chant 23 comme le “but” du poème.

 

“Cette ligne,” dit Fitzgerald, “dans laquelle

Ulysse et Pénélope se retirent au lit,

Aurait pu être la conclusion d’un film

Démodé, mais pas celle d’un poème

Comme celui-ci.” Le chant 24,

 

Insiste-t-il, est tout à fait Homérique. Les

Références à Laerte le prouvent d’ailleurs;

Il en va de même des allusions aux suites

Du combat avec les prétendants; “la comparaison

Entre Pénélope et Clytemnestre . . . est ici menée à bien.”

 

Mais il y a une autre raison, “dit-il,

“Et une bonne. Si le dessein fortuit

D’Homère dans l’Odyssée était de compléter

L’Illiade, le chant 24 en effet complète

Les deux poèmes à la fois. . . . Agamemnon

 

Et Achille sont ici réconciliés parmi

Les morts, et, de même que l’Illiade se termine

Avec l’enterrement d’Hector, l’Odyssée ne

Parvient pas à sa fin qu’une fois

L’enterrement d'Achille décrit.” Ainsi,

 

L’unité des deux poèmes est atteinte.